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Révolution numérique : droit et solutions pour la photographie

Cela fait tout juste un mois qu’a eu lieu le colloque organisé par l’association PAJ (Photographes, Auteurs, Journalistes) au palais du Luxembourg.

L’enjeu de ce colloque était de diagnostiquer les problèmes du marché de la photographie en France et de proposer aux politiques et aux agences de presse des axes de réflexions afin de résoudre la situation préoccupante des photographes. Voici un court résumé des différents intervenants.

L’ouverture du colloque a été faite par madame la sénatrice M-C Blandin, présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat. Elle constate une série de problèmes : plus de service propre sur l’image dans de nombreux titres de presse, l’utilisation abusive de la mention DR, la multiplication par trois ou quatre du coût d’investissement du matériel photo avec le passage à l’ère numérique ainsi que les conditions d’obtention de la carte de presse.

C’est ensuite le président de PAJ, Mario Fourmy, qui constate la division par sept des revenus des photographes en seulement dix ans. Autre point alarmant : la photographie est le seul domaine plus pillé sur la toile par les journaux, les institutions gouvernementales et les éditeurs que par les internautes… Sans oublier la disparition de 45% des entreprises photos en dix alors que 600 milliards d’images sont prises chaque année ; images que l’on retrouve en partie sur les réseaux sociaux et les microstocks.

Daniel Barroy, chef de la mission photographique au ministère de la culture et de la communication, après avoir souligné que la « révolution » photographique que nous vivons doit être vue, dans l’absolue, de manière optimiste, base son intervention sur quatre problèmes :
– La crise de la presse qui peine à trouver de nouveaux modèles économiques.
– La multiplication des images qui circulent (réseaux sociaux et microstocks) et qui entrainent un effondrement généralisé de la valeur commerciale de l’image ; le tout dans un « monde » sans frontière.
– L’absence de définition des formats, modes de production et de financement des nouvelles formes d’objets éditoriaux et d’œuvres (web-docu, jeux vidéo…).
– L’interrogation généralisée sur la pertinence des modèles quant au statut de la photographie au regard des principes de la propriété intellectuelle.

S’ensuit l’intervention très intéressante de Françoise Huguier, photographe et cinéaste, qui raconte son parcours professionnel, débuté dans les années soixante dix. Son témoignage est sans doute très révélateur de la paupérisation du photojournalisme au fil du temps. Autre témoignage d’un photographe, Patrick Robert, qui donne l’exemple de l’absence de rémunérations des journaux, pour la mise en ligne sur leurs sites, de photographies publiées sur leurs publications imprimées. Aberration…

Puis Aline Manoukian, présidente de l’ANI (Association Nationale des Iconographes), nous parle des nouvelles règles iconographiques dans la presse. Tout d’abord, le constat désolant de la situation : « les photographies, autrefois choisies par les directeurs des services photo qui ne sont pas remplacés après les plans sociaux ou départ à la retraite, sont maintenant choisies par les directeurs artistiques, les rédacteurs et les maquettistes, souvent sans réelle culture photojournalistique. Toujours fautes de budget, les iconographes sont mal rémunérés, en sous effectif, acceptant de travailler dans ces conditions déplorables eux aussi sous peine de chômage ».
Sa description de la réalité du métier d’iconographes est vraiment poignante. Elle décrit très bien le fait que ce milieu scie la branche sur laquelle il est assis. Je vous recommande grandement sa lecture (pages 11 et 12). La résumer serait dommageable car il n’y a rien à jeter. Si vous vous souciez de l’état des lieux du métier, allez la lire, sincèrement.

Hubert Bitan, docteur en droit et expert en informatique agréé par la Cour de cassation se demande ensuite quels sont les moyens dont dispose un photographe afin de solliciter d’un hébergeur le retrait de sa photographie tout en sollicitant le déréférencement de ladite photographie auprès des moteurs de recherches.
Il s’agit là d’un passage juridique, donc pompeux par définition. Mais c’est une question que les photographes, même des amateurs, sont à un moment ou à un autre amenés à se poser.

C’est au tour de Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Obs’, de prendre la parole : intervention assez creuse qui, néanmoins, est révélatrice de la position d’un directeur de rédaction d’un hebdomadaire. Il n’est pas contre une réflexion sur l’utilisation de la photographie dans la presse mais est tout de même inquiet des conséquences économiques. En d’autres, termes, il est plutôt pour si ça ne lui coûte rien de plus… On voit bien ici la logique de court terme dans laquelle il se situe, contrairement à la logique de moyen/long terme où se place l’objet du colloque. On constate ici une certaine… incompatibilité ou du moins un conflit d’intérêt.

Julie Rodrigue, avocat à la Cour, nous apporte quelques éclairages juridiques ; Jacques Toubon, des précisions sur l’évolution du droit d’auteur en Europe et sur les effets et limitations de la loi Hadopi ; et Caroline Henry, avocat à la Cour, un regard intéressant sur l’apport du droit international dans la protection juridique des auteurs.

Enfin, Thierry Secretan, photographe, auteur multimédia et secrétaire général de PAJ conclu le colloque en remerciant les intervenant(e)s. Rendez vous fin mars, après la remise des conclusions de la mission Lescure au ministère de la Culture, pour voir s’il y aura une suite à ce colloque.

Le rapport est téléchargeable en cliquant ici. Comme dit plus haut, je vous invite à lire le passage sur les iconographes, assez instructif.

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